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le bel aujourd'hui(outre-temps)

éveil

sur les traces oubliées le temps s’abolit dans les lames inouïes

d’eaux en bataille

commence

le silence

sonde

écoute

l’errance

l’ancienne force féconde dans l’obscurité s’était dissipée

aujourd’hui fine avivée

elle

pressent le gel de la clarté à sa fin

une plume d’un trait boisera le vide

luminescent reflet de son inquiétude

l’ombre pâle du cygne oscille vacille

le feuillage du vieil arbre

frémits’éveille

murmure

de nuit sur l’écorce déroulée une fine branche trace une ligne de signes

fil intemporel

se déploie

au grand jour

en ce silence

s’écoule le ciel s’élève la terre

lent souffle géant toujours au plus près sans cesse attise

amène le premier jour emporte l’ultime

entre les deux il est miroir des eaux intérieures lisses mordantes houleuses glace rivière larmes océan

le retrouver source claire de chaque instant

fluide rocher imprenable dans la voûte du ventre

au fond sans fin du grand silence souffle l’immense immobile cercle vif

tout en ce .

i n f i n i

la nuit devient aube

elle allée retrouvée dans la nuit amie

elle océane primordiale jamais ne meurt

au plus noir palpite perpétuelle une goutte de corail infime forte

parmi ses rêves elle sombre mur de larmes anciennes

sa voix cruelle soudain enfantine

frêle gaie

innocent lilas

froisse le cœur

émerge alors

une force douce qui épuise la violence le mur se fait azur

et un matin dans le jour d’une bulle

ploc qui éclate l’œil aéré voit la chrysalide vide s’envole par la lézarde du nuage crevé

dans l’air neuf d’une pluie sans abri à peine terminée

et se délacent les amers ressacs

et s’ouvre l’éclat d’un lac

l’eau fraîche filtre le buisson
miroir de lune rond blanc brillant soleil enfoui au creux du ventre

l’œil rayonne

la mer allée

avec la houle

anémones tortues méduses

poissons bleus

jaunes

verts roses

oursins coquillages

étoiles

laisse en son sein

une perle claire

s’éclairent les couleurs et les formes dans la transparence de la nuit

horizon absolu en abyme

sans bruit vibre vaste joyeux le murmure éternel

elle

retrouvée vive parmi le stérile hiver

effleure les fonds immobiles du temps

elle

poésie bouche infinie

exhale sa fine haleine lactée tournoyante perle noire odorante

parfume le cerveau

le bel aujourd'hui

une lueur éveille et attire hors du lit de la nuit

sur la mer l’aube

dans un bleu clair déjà de longs rubans de brume lentement s’étirent se colorent se mêlent se démêlent roses ocres

orangés

sur la ligne sombre des collines peu à peu se forme

le cercle parfait jaune pâle rosé l’aube se peint et peint l’œil qui la contemple

la clarté est ancienne

jour nu

de la cité nombreuse affairée une personne se détache et gravit la montagne

seule avec dans l’espace sans limites sans traces des oiseaux

à son retour libre les yeux et les mains ouvertes reçoivent et donnent dans un même mouvement

il est un lien qui délie

jeux de jour

aujourd’hui jeûne des yeux

le vide se fait fontaine soif devient source

voir les fenêtres ouvertes sans maison

s’ouvrir au regard qui ne prend pas la tangente

en tout visage contemplé tous les possibles

des paroles entendre avant le sens ajouté

et si libre de soi un passage vif fertile généreux se traçait singulier et commun

l'unique aujourd'hui

toutes les violences sur chaque femme homme enfant

il y a une seconde un mois des siècles demain

crêtes fissures crevasses des grandes montagnes la terre entière porte leurs cicatrices

et les nouveau-nés abritent leurs plaies

cruauté par instants suspendue sur la berge des yeux ouverts au loin

le vent sur la peau du premier être déjà

aujourd’hui la même peau le même vent encore

le même soleil sous la transparence d’une brume

au creux de ses cellules dix mille fois millénaires le corps sait

la même terre accueille nourrit élève et laisse

la vie passe d’être en être sans jamais avoir cessé

la mort est une ombre elle ne demeure pas

restent les visages imprécis

de la béance douloureuse s’écoule la sève noire dans les draps roses de nos mémoires écloses

nous levons nos coupes ailées aux morts irréels ils empruntent nos gorges nos yeux nos gestes

le souvenir passe d’oubli en mémoire sur la peau de l’humanité

et c’est ainsi que les morts vivent en mille écailles miroitantes

l’aujourd’hui s’élabore en une trame intime

sans cesse se tissent des filaments neufs et familiers ponts suspendus

entre les êtres connus anciens pressentis

lacis léger mouvant fil d’écume fragilement retenu à l’ombilic de l’univers

contrée aérienne parcourue sans boussole ni calendrier par l’esprit silencieux des funambules en lueurs

ils se savent même inconnus se reconnaissent

un sourire coule en leurs corps perpétuel le vent est leur demeure

et la nuit sécrète ses sucs nourriciers

vivants morts tous se tiennent

et dansent

au fond du jour

étoffe légère de savoir en un repli de la peau un diamant logé

confiance de l’aube dans l’obscur noyau

chaque jour fécondé par l’éclat de la pierre

et chaque jour se délivre un soi à la fois autre et même

l'immense nuit

dans la neige de minuit

silence germinal

d’avant-naissance d’outre-mort

se déploient toutes les latences

aujourd’hui

hier transmué

demain

l’ombre blanche d’un songe

l’au-delà ici

souvenirs desseins

que des reflets

sur l’eau de l’instant

entre les deux grandes nuits

l’antérieure et l’inévitable

soudain se déploie

la clarté d’une seule nuit infinie

à peine troublée par la parenthèse terrestre douloureuse et belle

laisse-toi

comme le prunier laisse la fleur à son apogée hivernale se détacher d’elle-même

le beau présage

Le beau présage du soir ce matin à nouveau se répand

sur la langue chaque goutte nouvelle déjà passée

le fleuve s’étend se creuse

pleinement la vie

la fleur outre-temps

La fleur enfouie blanche inodore

s’ouvre

ni hasard ni nécessité juste un grand peut-être

dans le recommencement sans fin

du geste forgé au puits de l’être

fleur des inlassables femmes hommes connus obscurs à jamais d’heure en heure à l’œuvre

fleur éclipse jamais ne se fane surgit échappe reparaît

sur le lent sentier incessant